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Interview du Dr N. Marczuk, Conseillère médicale, au sujet de la loi sur la modernisation de la santé au travail

santé au travail interview

Interview du Dr Nadine MARCZUK, conseillère médicale au CMIE dans AGIR MAGAZINE, magazine spécialisé dans la prévention santé au travail.

Le CMIE participe à l’élaboration de ce magazine et est envoyé à tous nos adhérents tous les deux mois.

AGIR MAGAZINE : COMMENT ACCUEILLEZ-VOUS CETTE REFORME ?

Dr Marczuk : Je fais partie des médecins du travail ayant eu un CES (Certificat d’études spécialisés) de médecine du travail au début des années 1980 et ayant connu l’exercice sur un mode où tous les salariés étaient suivis de la même manière, de façon systématique, quel que soit leur poste de travail et les risques auxquels ils étaient exposés. Souvent, lors des consultations, je me suis posée la question du temps passé à délivrer des aptitudes à tous, sans pour autant garantir la prévention primaire, à savoir celle qui prend le problème à bras le corps en amont. La Loi Travail pour le titre V fait suite à deux « réformes »  (2004 et 2011) qui avaient déjà amorcé un changement de logique. J’espère que les services de santé au travail avec leurs équipes pluridisciplinaires vont s’emparer de cette opportunité et faire de la santé au travail une discipline utile, reconnue et partie intégrante de la vie des entreprises : le défi est lancé, nous devons le relever !

« La loi ancre l’esprit de la prévention primaire ».

AM : PEUT ON PARLER AUJOURD’HUI D’UN SUIVI DE SANTE SUR-MESURE POUR LES SALARIES ?

Dr Marczuk :  Il s’agit plutôt d’un suivi adapté car il est défini en fonction de plusieurs critères (âge, état de santé,  conditions de travail, les risques professionnels, …). Pour rappel le suivi de l’état de santé des salariés n’est qu’une de nos 4 missions. Il ne s’agit pas que de suivre de façon individuelle et adaptée les salariés mais aussi, pour le collectif donc l’entreprise, l’aider à réaliser son évaluation des risques, soit pour les éradiquer soit pour les maîtriser …

« Responsabiliser les salariés et les entreprises »

AM : CERTAINS PARLENT D’UN SYSTEME DE SANTE A DEUX VITESSES ? QUE REPONDEZ-VOUS A CELA ?


Dr Marczuk : Disons que c’est confortable de ne pas différencier et de réaliser la même surveillance médicale pour tous sans distinction de conditions de travail, de risques, de danger, etc. Il faut noter que le législateur parle dorénavant de suivi individuel de l’état de santé.  De plus le médecin du travail pourra si besoin adapter la fréquence de convocation des salariés, les délais fixés (5, 4, 3,2 ans) étant des plafonds maximaux. Comme auparavant tout salarié peut demander à voir son médecin du travail. Le législateur a voulu aussi que chaque travailleur quel que soit son contrat soit « traité » à part égale, donc la même vitesse pour tous pour reprendre votre expression !

AM : VOTRE RÔLE DE CONSEILLER DE L’EMPLOYEUR EST-IL RENFORCE, ET NOTAMMENT L’ACTION SUR LE TERRAIN ?


Dr Marczuk : Ce rôle de conseiller de l’employeur a toujours fait partie des missions du médecin du travail. Si on parle de renforcement, cela voudrait-il dire que ce rôle serait « en danger » ? Et mettre l’accent sur l’action sur le terrain, cela voudrait-il dire aussi que cette action aurait été négligée ? Je rappelle simplement que la notion de « tiers temps » (le médecin du travail doit consacrer un tiers de son activité pour le terrain) appelée par la suite « AMT » a été mise en place depuis 1979. Donc ce n’est pas une nouveauté. En effet, comment peut-on conseiller l’employeur  si on ne connaît pas la réalité de son entreprise ? Comment peut-on donner à un salarié des conseils en matière de prévention si on ne s’est pas rendu sur le lieu de son travail ? Il s’agit de trouver un équilibre en termes de présence sur les différentes missions du médecin du travail, il faut trouver de l’espace et du temps pour les réaliser et souvent la partie « clinique » des visites empiète sur la partie « terrain ». Il faut espérer que le souffre insufflé par la Loi et ses décrets rende plus efficace et efficiente nos actions sur le terrain.

Mon souhait : que les services de santé au travail deviennent des partenaires à part entière de nos entreprises !

Pour rappel : la loi travail en 7 points :
1 - Le médecin du travail demeure au centre du dispositif avec un rôle renforcé.
2 - Tous les salariés sont pris en charge par un professionnel de santé dès l’embauche.
3 - La périodicité du suivi du salarié par un professionnel de santé n’excédera pas cinq ans.
4 - Les situations spécifiques recevront des réponses spécifiques.
5 - Le suivi de l’état de santé des salariés sera équivalent quel que soit le contrat.
6 - Une procédure de déclaration d’inaptitude et de reclassement des salariés modifiée
7 - Une nouvelle procédure de contestation devant le Conseil des Prud’hommes


Pour en savoir plus, consultez notre article au sujet de la modernisation de la santé au travail.

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